En séance, un client m’a parlé de son frère.
Il m’a dit qu’il ne l’avait jamais entendu dire que ça n’allait pas.
Jamais.
Depuis toujours, aucune fissure. Le masque tient bon, le sourire est accroché. Tout va très bien.
Mais souvent ce qu’on appelle « aller bien », c’est juste tenir.
Et lui, ce qu’il ressent, c’est de la frustration. Pas de la colère. De la tristesse, plutôt. Parce qu’il aimerait une vraie connexion. Pas une façade.
C’est difficile de se sentir proche de quelqu’un qui ne montre jamais qu’il est humain.
Ce qui m’a frappé dans ce qu’il m’a dit, c’est que le masque du « ça va » ne fait pas que protéger celui qui le porte. Il le prive aussi du meilleur des autres.
Alors je me suis posé la question pour moi.
Est-ce que je dis la vérité quand on me demande comment je vais ?
Ça a été un chemin pour moi. Et je ne suis pas encore arrivé.
En tête à tête, oui. J’ai des espaces pour ça. Des amis proches, un accompagnement. Des endroits où je peux poser ce qui pèse, tranquillement.
Mais devant un groupe, même des proches, j’ai encore tendance à éluder. À passer vite et à changer de sujet.
Tu sais ce moment où quelqu’un te demande : et toi, ça va ?
Et où tu réponds par un petit mensonge ordinaire.
Personne ne creuse.
Et ça t’arrange.
Et je sais pourquoi.
Je ne veux pas monopoliser l’attention.
Lui c’est : « Si je montre que ça ne va pas, je suis faible ». Comme si craquer une fois remettait en question toute sa valeur.
Moi, c’est : « Si je parle de moi, je vais souler tout le monde ». Ce qui me retient, c’est un vieux reste encore pas tout à fait digéré de l’idée de prendre trop de place.
Même comportement mais deux moteurs différents. Deux Armures qui n’ont rien à voir.
Et je pense que c’est important de faire cette distinction.
Si tu veux changer quelque chose, tu as besoin de savoir ce qui tourne vraiment en fond. Pas juste le comportement visible. La croyance qui l’alimente.
Est-ce que tu te retiens de dire que ça ne va pas parce que tu crains de paraître faible ? Ou parce que tu ne veux pas déranger, prendre trop de place, être un poids ?
Ce n’est pas la même chose.
Et ce n’est pas le même travail.
La première étape, c’est de trouver un endroit où tu peux dire sans filtre.
Pas devant tout le monde. Une personne sécure.
Quelqu’un qui ne va pas minimiser. Ni dramatiser.
Qui ne cherche pas à te réparer.
Juste être là. Écouter. Accueillir ce que tu dis, même si c’est brouillon.
Un cadre où tu peux poser ce qui pèse, même si ça déborde un peu.
Ou même beaucoup. On s’en fout.
Ce n’est pas pour rien que j’ai une boite de Kleenex dans mon cabinet.
La deuxième étape, c’est de comprendre ce qui t’en empêche.
Parce que ça n’agit pas qu’à cet endroit. Ça ronronne ailleurs aussi. Dans tes relations, dans tes décisions, dans la façon dont tu prends ou tu refuses de prendre de la place.
Et le jour où tu le vois vraiment, tu as déjà commencé à lâcher le masque.

















