La procrastination : faut-il vraiment lutter contre ?

Les ficelles de l'emploi

L’interview donnée pour la radio n’est plus accessible mais voici les notes que j’avais prises pour m’y préparer.

Quel est votre point de vue, votre postulat par rapport à la procrastination ?

Mon point de vue c’est que la procrastination est un moyen de s’affirmer face à des injonctions dans le but de tendre vers plus d’autonomie. L’autonomie, c’est le processus qu’on suit quand on se développe dans notre vie d’enfant par exemple. D’abord, on est dépendant de nos parents, on ne peut pas survivre sans eux, c’est la phase de dépendance, puis on s’oppose à nos parents, mais on n’a pas encore d’avis personnel ni les moyens de s’assumer, c’est la contre-dépendance, ensuite il y l’indépendance et enfin l’interdépendance où on apprend à cohabiter paisiblement avec les autres.

A chaque fois qu’on procrastine, on est face à des “il faut”, “je dois” et il y a une partie de nous qui s’oppose à ça pour être plus libre. C’est une phase de contre-dépendance. C’est comme s’il y avait un bug dans notre programme d’autonomie. Lutter contre la procrastination, ça revient à se faire violence, à ne pas écouter cette partie de nous et à nous soumettre encore plus aux injonctions et donc à prendre le risque de ne jamais être complètement libre. Et puis ça revient aussi à ne pas écouter nos peurs inconscientes : peur de ne pas être à la hauteur, peur d’échouer, peur de réussir, etc. Or, toutes nos peurs sont légitimes et méritent d’être accompagnées avec un peu de douceur.

En quoi ne pas lutter contre la procrastination peut nous être bénéfique dans la vie professionnelle ou les études ?

Quand on sait qu’à peine un salarié sur 10 s’estime heureux au travail, on peut se demander si la procrastination n’est pas finalement un moyen de résister à des environnements qui ne nous conviennent pas. Ne pas lutter contre la procrastination, ça peut être l’opportunité de revenir un peu à soi et d’écouter les messages de notre corps qui a certainement plein de bonnes raisons de ne pas vouloir faire les choses qu’on lui demande. Est-ce que c’est vraiment cette voie que je veux suivre ? Est-ce que c’est vraiment le travail qui me convient ? Est-ce que je ne pourrais pas déléguer certaines choses pour me concentrer sur ce que j’aime vraiment ? Qui pourrait m’aider ? Oser demander de l’aide c’est un apprentissage à part entière. La procrastination est là aussi pour nous rappeler qu’on n’est pas tout puissant et qu’on a besoin des autres.

Comment ne pas lutter contre la procrastination ? (Le conseil pratique qu’il faut avoir à l’esprit)

Comment ne pas lutter contre la procrastination, eh bien en n’essayant pas de faire contre notre gré d’une part et en s’astreignant même à ne rien faire du tout. Quand on réalise qu’on est en train de procrastiner, on peut décider de sortir de l’agitation du Faire pour revenir à l’Etre, grâce à la méditation par exemple. Juste une minute, ça peut suffire. Le but étant d’essayer de comprendre ce qui coince. S’il y a des peurs ou des croyances qui nous limitent, on ne peut le savoir que si on les écoute. Plus on est conscient de ce qui se passe en nous et plus on a de pouvoir sur nous-même. Donc mon conseil c’est de sortir du Faire pour revenir à soi et apprendre à mieux se connaitre. Se faire accompagner étant un must pour aller plus loin et accéder à la pleine autonomie.

 

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