Désir ou besoin ? Quand l’amour crée le manque et la dépendance

Désir ou besoin ? Quand l'amour crée le manque et la dépendance affectiveSi vous avez été amoureux(-euse), vous avez peut-être déjà éprouvé des sensations de manque. L’être aimé s’absente, s’éloigne, ou pire, vous quitte et votre cœur s’étreint, votre sang se glace, un monde s’écroule. Ca vous parle ?

La seule idée que cela puisse arriver un jour peut générer un état d’anxiété constant, des crises de panique ou de jalousie, ou à l’inverse une peur de l’engagement et des difficultés à s’attacher.

Si un peu de frustration peut parfois pimenter la relation amoureuse (bande de coquins), le manque quant à lui peut devenir une souffrance chronique, signe de dépendance affective. Faisons le point.

Le manque, c’est quoi ?

Pour mieux comprendre ce qu’est le manque, on peut commencer par voir ce qui différencie une envie d’un besoin.

Un besoin, c’est ce qui doit être comblé en nous pour notre survie ou notre équilibre psychique. Manger, boire, dormir sont des besoins physiologiques qu’on ne peut négliger. Vous êtes d’accord ?
L’appartenance, l’amour, le partage sont des besoins psychologiques universels, nécessaires à notre épanouissement. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter cette liste de sentiments et besoin humains.

Une envie, un désir, c’est un élan vers une action, tournée vers l’extérieur de nous-même. C’est une stratégie pour satisfaire un besoin. Aller au cinéma, faire l’amour, manger des fraises, sont autant de stratégies pour satisfaire des besoins : partage, contact physique, par exemple. Et le plus souvent pour éprouver du plaisir quand tous les besoins sont satisfaits.

Besoin indéniable, envie révocable

Le besoin est à l’intérieur de nous et ne peut être changé, il s’impose à nous via nos émotions. Plus le besoin est fort, plus l’émotion est intense. Nier nos émotions et nos besoins peut avoir des conséquences néfastes pour notre bien-être et pour notre santé.

L’envie, elle, peut être écartée, au profit d’autres stratégies qui vont satisfaire les besoins concernés, au prix de ce qu’on appelle la frustration. Elle durera tout le temps de l’attente ou s’atténuera jusqu’à disparaitre à mesure qu’on acceptera d’autres stratégies.

Et le manque alors ?

Le manque, c’est quand on laisse notre cerveau confondre une envie et un besoin.

J’ai besoin de toi !

Ce “besoin” n’est pas universel : tout le monde n’a pas besoin de ce “toi” et il est situé à l’extérieur de moi. ce “toi” est une stratégie qui sert à combler un ou plusieurs de mes besoins.

Le manque issu de cette confusion peut avoir des effets très variés.  Il peut se traduire simplement par des attentes non exprimées vis à vis de l’autre et des émotions non avouées, étouffées. Quand les émotions sont légères, le malaise est supportable. Toutefois, la répétition peut amener ces émotions à se manifester avec de plus en plus d’intensité, jusqu’à ce qu’elles submergent complètement la personne. Des émotions disproportionnées et des comportements extrêmes peuvent alors apparaitre : des accès de colère, des crises de jalousie, une méfiance perpétuelle qui en amène à surveiller l’autre, etc.

Beaucoup de personnes sont convaincues qu’on ne peut aimer si on ne ressent pas au moins un peu ce manque. Pour elles, il est impensable de dissocier cette notion de manque du sentiment amoureux, c’est même souvent un signe qui leur indique qu’elles aiment. Malheureusement, il s’agit le plus souvent d’un signal de dépendance affective que d’amour.

D’où vient le manque ?

Lorsque l’enfant nait, il n’est pas autonome. Vous savez qu’un nourrisson seul, ne peut pas survivre ? Et c’est d’autant plus difficile pour lui qu’il ne parle pas et n’a aucun moyen de communiquer pour exprimer ses besoins.

A ce sujet, vous pouvez également lire cet article : Peurs et angoisses, comment se déshabituer ?

L’amour de la mère assure la survie de l’enfant

La mère développe alors une empathie particulière à l’égard de son enfant et la relation entre eux devient osmose. C’est à dire qu’elle apprend à décoder des signaux inconscients de la part de son enfant afin de subvenir à ses besoins.

C’est cette osmose que nous vivons souvent au début d’une relation amoureuse. Vous connaissez ça ? Nous n’avons même pas besoin de parler, l’autre nous comprend, nous le comprenons. Nous pouvons devancer ses désirs avant qu’il les exprime. C’est magnifique et extrêmement agréable, merveilleuse réminiscence d’un temps béni ! Malheureusement, ma propre expérience m’a appris que ça ne dure jamais.

Cette osmose, constitue une étape dans le développement de l’enfant. Mais l’amour de sa mère ne se limite pas à cela et doit lui permettre, ainsi que la présence de son père, d’aller au-delà pour faire l’apprentissage de la séparation et de l’autonomie.

Et après, on devient quoi ?

L’enfant, en acquérant la parole, est sensé apprendre à exprimer ses besoins afin de devenir de plus en plus autonome. Cet apprentissage, qui est le plus souvent remis au bon vouloir des inconscients de la mère et de l’enfant, est parfois un peu bâclé. Pour peu que certains besoins n’aient pas été suffisamment écoutés et nourris, une carence s’installe.

L’angoisse de séparation par exemple survient vers le 8ème mois de l’enfant et mérite une attention particulière pour éviter que se développe chez l’enfant un sentiment d’insécurité.

Par la suite, l’enfant, plus âgé, qui sait parler, continue à pleurer pour obtenir ce qu’il veut, par exemple. La mère le comprend et s’exécute pour le satisfaire, ou pas.  Dans un cas comme dans l’autre, l’adulte en devenir n’a pas appris à prendre conscience de ses propres besoins et encore moins à les exprimer. Adulte, il s’en remet alors à l’être qui lui témoigne le plus d’affection, ou en tout cas, celui qui est le plus présent pour les satisfaire.

Vous commencez à comprendre ?

Lorsque cet autre adulte, qui a ses propres besoins, n’est plus aussi disponible pour prendre en charge les vôtres, vous commencez à ressentir le manque. Car pour votre inconscient, cet autre n’est pas seulement la seule stratégie possible pour les satisfaire, il incarne totalement le besoin. C’est comme si vous étiez encore un être vulnérable et que votre survie en dépendait. La carence crée un schéma qui se répète inconsciemment.

Alors l’amour, c’est quoi ?

Ma définition personnelle de l’amour serait “donner sans rien attendre en retour”. C’est un don inconditionnel. C’est pour cela qu’il peut exister en dehors même de toute relation de couple. L’amour existe partout où on est prêt à le voir, la nature est amour par exemple.

Aimer, c’est d’abord savoir se combler soi-même avant de pouvoir combler l’autre.

Lorsque dans une relation, il reste des attentes inconscientes, l’amour est soumis à conditions : tu es digne de mon amour seulement si tu remplis mes besoins. Sinon, je ne peux pas, ou ne peux plus t’aimer, au risque de me nier et d’en souffrir, car je ne suis pas capable de combler mes besoins moi-même.

Le reproche : symptôme de la dépendance affective

Dans une relation, au moins l’un des deux peut avoir des attentes, c’est à dire des besoins non exprimés. Tôt ou tard, il souffrira du fait qu’ils ne soient pas comblés. Il en fera le reproche à l’autre : tu ne m’écoutes pas, tu ne m’aides pas, tu ne me regardes pas, tu ne me soutiens pas, tu ne me respectes pas, etc.  Ce sont de très grandes généralisations qui ne décrivent le plus souvent rien de concret et factuel mais qui trahissent les besoins à nourrir.

Ou bien alors il pourra mettre en œuvre des stratégies de remplacement pour retrouver un être capable de le maintenir dans cette illusion de totale satisfaction : l’adultère par exemple. Mais cette solution n’est pas viable car la carence infantile ne peut être comblée par l’extérieur. Et l’histoire se répétera.

Qui se ressemble…

Il est rare qu’un seul des deux aie des attentes inconscientes. Les psychismes s’attirent et souvent les personnes souffrant de carences incompatibles se trouvent bien ensemble. Bien souvent quand la situation n’est plus tenable, l’autre répond à un reproche par un autre. C’est alors un vrai conflit de valeurs qui éclate.

Très souvent, les personnes ayant des blessures infantiles vont créer elles-mêmes les conditions pour pouvoir les vivre, encore et encore. Une personne ayant peur de l’abandon par exemple va naturellement s’accrocher davantage à son partenaire au risque de l’étouffer et qu’il l’abandonne à son tour. Tout ceci est inconscient bien entendu.

Comment combler le manque ?

Vous l’avez compris, le manque n’est pas lié à l’autre mais est inscrit en nous. C’est la répétition d’un schéma inconscient qui remonte à l’enfance.

Comprendre cela peut déjà être un premier pas vers la guérison. Pour avoir un autre éclairage que le mien sur la question, je vous invite à lire l’excellent article en BD de Fannys : les liens d’attachement : s’en libérer !

Listez vos besoins

Ensuite, chercher les besoins qui doivent être nourris au moment où on ressent le manque ou la peur du manque.

En mettant des mots sur les besoins qui sont sensés être comblés par la présence de l’autre, vous allez reprendre du pouvoir sur vous-même. Vous ne subirez plus une peur irrationnelle mais vous saurez exactement à quoi correspond la stratégie que vous avez mise en place.

Peu à peu, à force de prendre conscience de vos besoins, vous allez apprendre à les exprimer pour devenir libre. Vous pourrez formuler des demandes à votre partenaire afin qu’il ou elle contribue à vous rendre la vie plus belle. Mais vous saurez aussi mettre en place d’autres stratégies pour combler ces besoins s’il ou elle refuse.

Vous accepterez de plus en plus facilement que l’autre puisse vous dire non en comprenant qu’en vous disant non, il dit oui à d’autres de ses besoins. Et vous serez également libre d’en faire de même.

Ne pas confondre besoins et stratégies

Un besoin est psychologique et universel, c’est à dire que tout être humain peut potentiellement le ressentir et le comprendre. On a vu plus haut que le manque et la dépendance affective venait de la confusion entre une envie et un besoin. Il est également possible de confondre une stratégie et un besoin. Une stratégie est l’action que l’on met en œuvre en vue de satisfaire le besoin.

Par exemple, pour combler un besoin de douceur, on va pouvoir demander un câlin à son ou sa chéri(e). La douceur est le besoin, le câlin est la stratégie. Ainsi, on ne peut pas avoir besoin d’un câlin. Vous allez me dire, tu joues sur les mots ! Peut-être, mais c’est important. Car confondre le besoin et la stratégie peut mener à l’impasse quand la stratégie est impossible.

Si son ou sa chéri(e) n’est pas là par exemple, le câlin est impossible. Si on envisage le câlin comme un besoin, son insatisfaction va générer de la frustration, du manque, ou toutes sortes de tensions psychiques. En revanche, si on parvient à déceler que sous l’envie de câlin, il existe un besoin de douceur, alors on va pouvoir envisager de mettre en œuvre d’autres stratégies. Une bonne comédie romantique sous la couverture en mangeant de la glace par exemple 😉 Je sais, c’est cliché. Mais vous pouvez envisager un tas d’autres options : un appel à une amie, un bon bain chaud, etc.

Si aucune stratégie n’est satisfaisante, en ayant identifié le besoin, vous pouvez aussi plus facilement accepter qu’il demeure insatisfait. Vous savez qu’il est là. Les tensions pourront s’apaiser car vous allez pouvoir commencer à imaginer à quel moment et de quelle façon vous pourrez le nourrir plus tard.

Faites-vous accompagner

Les lectures peuvent aider à comprendre et à cheminer un peu seul. Toutefois, vous pourriez gagner du temps à vous faire accompagner. Les thérapies brèves et le coaching peuvent vous aider à appréhender tout ceci et à dépasser vos limites personnelles pour enfin réussir à faire ce que vous voulez faire ou être tel que vous voulez être.

Si vous ne souhaitez pas encore vous faire accompagner pour le moment, je ne saurais que trop vous conseiller d’écrire. Je l’ai souvent dit mais je pense que l’écriture est ce qui se rapproche le plus du travail avec un thérapeute car elle permet d’émettre hors de soi, contrairement à la seule réflexion introspective. Vous pouvez notamment mettre en place la routine des pages du matin.

Alors et vous, comment vivez-vous le manque et la frustration ? Avez-vous déjà eu le sentiment d’être dépendant(e) de votre amour ?

S’il vous a été utile, sentez-vous libre de partager cet article car il pourrait sans doute aider d’autres personnes 😉

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2 Commentaires

  1. Moi … je me prépare un bon petit plat, un verre et surtout J’ÉCOUTE DE LA MUSIQUE QUE J’AIME. Et des fois, je vire dans le côté “philosophique et analyste” pour mieux comprendre les ressentis et les frustrations, les désirs et les douleurs. Pousser dans la méditation et spiritualité des fois … Être seul quelque fois nous aide mieux nous élever et aller au delà de la routine, toujours apprendre ET apercevoir des nouvelles choses. Toute la vie !!!

  2. Très intéressant. Puis je savoir avec centre vous a former

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